"... La liaison de mes parents n'était pas "exemplaire". Différents en bien des points, tant sur leur concept de l'éducation que sur leurs idées profondes, ils n'ont jamais réussi à se reconnaître des atomes crochus!
... Je sors de l'école primaire avec des résultats relativement brillants. D'ailleurs, j'ai peu de mérites puisque quasiment jamais je n'avais ouvert le moindre livre scolaire en dehors de l'école. Ces résultats sont attribuables à une certaine faculté de compréhension rapide! Mais vous verrez que cette faculté, comme tout ce qui ne se cultive pas, a ses limites.
... A la fin de ma première année d'études secondaires, je laisse à ma paresse le choix d'abandonner le latin (l'enseignement rénové encourageant ma faiblesse). La rencontre inopinée du "H" m'ôta la volonté de me soustraire à l'acceptation passive d'un premier échec. Mais hélas, ce premier contact avec un psychotrope, qui me fut fatal, m'a fait cotoyer un milieu où le joint n'était que dérision et où la seringue était "reine". La rencontre avec cette "blanche criminelle" me séduit rapidement. J'avais à l'époque 13 ans! Les noms de mes dieux n'étaient autres que Rolling Stones, Lou Reed, David Bowie, Jimmy Hendrix.
... Ma personnalité se modifia à une allure vertigineuse. Blouson noir, pantalon en satin, santiags rouges, maquillage et coiffures hirsutes étaient l'uniforme indispensable à l'adhésion à cette "secte". Perdant le respect de ma personne, il n'y avait plus de raison de respecter celle des autres. De délits en crimes de tous genres, ma santé physique ne faisait que suivre cette déchéance spirituelle, morale et oh combien décadente. Après quelques années, mon corps abandonna la lutte.
... J'avais déjà exploité toutes les formes de cures ambulatoires avec distribution de drogues de substitution et je n'y avais trouvé qu'un moyen peu onéreux de satisfaire mon besoin sans cesse croissant de produit! Mes pauvres parents, ressentant l'impérieuse urgence d'agir, m'emmenèrent de force dans un centre de désintoxication fermé: le Patriarche à Tribomont.
... Telle que je l'idéalise, la famille devrait former un bloc. Elle serait pour l'enfant un point de repère, une image sécurisante, une protection indispensable et élémentaire. Je pense que, à partir du moment où un couple prend l'engagement d'assumer un enfant, il doit connaître les implications lourdes et merveilleuses de cet acte. La cohésion du couple, le respect mutuel des parents, l'inébranlable intransigeance et, si possible, la justesse des sanctions ou récompenses appliquées aideront l'enfant à trouver la stabilité dont il a besoin. Je pense qu'il est préférable qu'une sanction prise par papa soit instantanément approuvée par maman, même si elle lui semble exagérée; bien à propos, Goethe a écrit: "mieux vaut une injustice qu'un désordre".
... Je me souviens avoir échoué en latin à la fin de ma première année "latin math"et avoir évidemment décidé de poursuivre en option "math moderne". L'enseignement dit "rénové" me permettait ainsi de contourner la première difficulté que je rencontrais. Mais mon père, lucide du danger, m'imposa de passer mon examen de passage en latin et, à la seule condition que je réussisse, me donnait son accord pour l'abandon de cette branche. Fort des scènes de ménage dont j'avais déjà été témoin, je lui ai fait comprendre, avec l'impertinence de mes douze ans, qu'il n'avait qu'à s'entendre avec ma mère avant d'espérer être écouté de son fils. Mais avec le recul, je me rends compte aujourd'hui combien il avait raison...
... Je n'étonnerai personne en vous apprenant que, depuis plus d'un an, mes parents sont divorcés!
... Trop de laxisme de la part des parents n'aura certes pas un meilleur résultat que trop de rigueur. Toutes les extrêmes seraient nuisibles! Il incombera aux adultes le rôle parfois austère de "maintenir l'église au milieu du village". S'il y a plusieurs enfants, reporter toute son attention sur le gosse en crise serait non seulement inutile, mais encore injuste vis à vis de ses frères et soeurs. Etant l'aîné d'une famille de trois enfants et ma crise ayant été particulièrement précoce, très tôt je fus le seul sujet de préoccupation de mes parents. Très à propos, la cadette de mes soeurs m'a dit un jour : tu sais, on va aussi se défoncer, ainsi papa et maman s'occuperont également de nous!..."
Si c'était à refaire, j'essayerais certainement de tenir compte des remarques de mon fils. En ce qui me concerne, je n'ai honnêtement aucun autre conseil à donner dans ce délicat et difficile domaine de l'éducation des enfants...
Comment savoir si son enfant se drogue?..
Les parents concernés s'évertuent en général à trouver toutes les bonnes raisons de croire le contraire! On peut estimer que près d'une famille sur quatre est plus ou moins touchée par la toxicomanie. Il faut être conscient que tous les jeunes sont confrontés très tôt à l'univers de la drogue, à commencer par l'alcool et le "H", soit dans la famille, soit à l'école, soit dans les lieux récréatifs, soit chez les amis. Sur la base de l'éducation qu'ils auront reçue, en fonction de leur capacité de jugement et de leur propre idéal de vie, ils décideront généralement de ne pas se détruire et éviteront de copier les personnages ridicules que sont les drogués. Lorsque votre enfant a une conduite ou un comportement qui vous choque, lorsque ses résultats scolaires se dégradent ou lorsque vous lui trouvez des fréquentations "bizarres", vous pouvez craindre que la drogue soit en train d'entrer dans sa vie... C'est le moment d'en parler avec lui, et surtout de l'écouter!