refus ou acceptation
 
 

Comme beaucoup d'hommes de ma génération, j'ai souvent été "contraint" de boire un peu plus que modérément pour être "accepté" par mes collègues militaires et par ma première belle famille. Lorsque j'ai su que mon fils se droguait, j'ai subitement pris conscience qu'un grand nombre d'actes importants étaient posés sous l'influence de l'alcool ou des tranquillisants. Mon directeur de l'époque, grand travailleur mais de nature assez timide, ne présidait des réunions que l'après midi après avoir ingurgité quelques whiskys au déjeuner... Certes, j'apprécie toujours le bon vin, mais je sais bien que quelques "gouttes" d'alcool me rendent moins attentif, moins performant, moins intelligent. Je sais qu'il y a moyen de faire la fête et de se sentir bien sans boire d'alcool! A cette même époque, c'est notamment l'attitude irresponsable, bornée et laxiste des autorités à propos de la toxicomanie qui m'a poussé à m'intéresser à la politique. Il y a près de cinquante ans, les drogues faisaient une entrée en fanfare dans notre société et particulièrement chez les jeunes. A cette époque, il était de bon ton de laisser faire! Je suis par exemple attristé de voir le manque de volonté d'agir de mes amis les Officiers de Réserve, pour qui, je le sais, le civisme n'est pas un vain mot. Ils devraient considérer la drogue et la maffia comme un ennemi réel à combattre par tous les moyens, plutôt que de chercher des thèmes imaginaires d'exercices.

On constate que face à un fléau qui tue tant de jeunes et fait frémir tant de parents peu d'actions efficaces sont entreprises et deux courants opposés d'idées s'affrontent:

ou bien on REFUSE la drogue parce qu'elle est mauvaise et parfaitement inutile au bonheur de l'Homme:... les jeunes n'ont pas besoin de bière, de haschisch, d'ecstasy, de méthadone, d'héroïne, de cocaïne,.. ils ont besoin de vivre, d'être éduqués, compris, assumés, aimés. Tous les drogués ont le droit d'être soignés, de force si nécessaire!

ou bien on ACCEPTE la drogue, en minimisant ses effets et en considérant que l'immense masse des "drogués récréatifs" a un comportement acceptable. Pour amener les jeunes à se faire une opinion personnelle sur l'usage des drogues, on n'hésiterait pas à les "pousser" à expérimenter ces poisons, avec tous les risques que cela comporte. Seuls les quelques cas de drogués, appartenant à une population dite "à risques" seront soignés, s'ils en expriment la volonté. On devrait donc apprendre à vivre avec la drogue!

Sans vouloir être trop manichéen, il me semble que dans un domaine comme celui-là, chacun doit savoir de quel coté il est! Il faut être bien clair!..

En 1986, les anciens toxicomanes réhabilités, membres de la société coopérative "les Compagnons", ont voulu annexer le texte suivant aux statuts de leur société.

1. La drogue, qui peut se définir comme tout produit affectant le bon fonctionnement du cerveau et pouvant créer une dépendance, a notamment pour effet de bloquer l'évolution normale de la maturation et de l'éducation. Pour cette raison elle devrait être fermement interdite aux enfants et aux adolescents. Les adultes qui veulent s'adonner à l'alcool ou aux autres types de drogues assumeront personnellement le risque de se faire juger et éventuellement punir par la société.

2. Le cerveau du drogué ne fait pas la distinction entre drogue légale et illégale, entre héroïne et méthadone, entre vin rouge et vin blanc, entre drogue dure et drogue douce. Aux Etats-Unis, dans les années 1920, des rapports médicaux indiquent que des opiomanes ont été soignés avec succès au moyen d'un nouveau produit mis au point en Allemagne pendant la guerre 1914-1918: l'héroïne...

3. Considérée par certains comme un symbole de liberté, la drogue est fréquemment utilisée par des régimes totalitaires pour se procurer des devises et manipuler leurs propres ressortissants. Dans certains camps nazis, déjà, une sorte de méthadone a parfois été utilisée pour annihiler toute velléité des détenus.

4. Suite à la guerre de l'opium, au 19e siècle, la Chine comptait 120 millions de drogués lourds, soit 50% de la population. Ce pays a prouvé qu'on peut vaincre la drogue si l'opinion publique est consciente du problème et si une forte "volonté politique" existe (la Grande Marche de Mao).

5. Il a été prouvé que la marihuana (chanvre indien, cannabis, "H") est une drogue dangereuse dont l'usage régulier affecte le comportement social et endommage les poumons, la fonction de reproduction, le système immunitaire et le cerveau.

6. La vente à de jeunes enfants d'objets évoquant l'univers de la drogue, comme par exemple: gommes à "sniffer", seringues contenant du sirop, collection de photos de "junkies", badges et autocollants prônant "H" et cocaïne, n'est pas innocente et devrait être interdite.

7. Le SIDA touche principalement les grands toxicomanes; plus de 70% sont séropositifs. Tout se passe comme si les drogues, en affaiblissant le système immunitaire, prédisposaient à ce genre de maladie. Les homosexuels atteints étaient souvent, soit toxicomanes, soit avaient de fréquents rapports sexuels avec des toxicomanes prostitués.

8. Aucune évolution psychologique du toxicomane n'est possible tant qu'il est sous l'emprise d'une drogue. Il ne faut pas croire que sous l'effet de ces produits illégaux ou légaux, les malheureux drogués pourraient avoir un comportement "normal". Les thérapies sans sevrage et la réinsertion sous méthadone sont autant d'utopies qui rapportent de l'argent à certains mais coûtent cher à la société.

9. Il faut soutenir les centres thérapeutiques pratiquant le sevrage bloc suivi d'une cure prolongée, directive, ferme et motivante. L'ex-toxicomane réhabilité est le thérapeute le plus disponible, le plus crédible et le plus compétent. L'ampleur du mal et le manque de moyens financiers doivent conduire à des solutions réalistes, basées sur une thérapie du type "AA", dans un cadre adapté à la situation sociale déstructurée des drogués.



Quand on aime la vie, quand on voit la déchéance morale et physique des drogués et quand on réalise que drogue, SIDA, prostitution, criminalité, terrorisme et blanchiment d'argent sont presque synonymes, on n'a pas d'autre choix que de refuser la drogue avec détermination, courage et cohérence. Il convient donc de s'opposer à toutes tentatives de libéralisation ou de légalisation de la consommation de drogue. Les distinctions mensongères qui sont proclamées entre drogues "douces" et drogues "dures" visent uniquement à obtenir un affaiblissement des lois qui répriment l'usage, la possession et le commerce de drogues. Par ailleurs, il a été scientifiquement prouvé que le cannabis est une drogue dangereuse dont l'usage régulier est funeste, même si certains le considèrent comme un bon remède dans le cas de quelques maladies très graves telles que le cancer et le SIDA.

Comme l'écrivait judicieusement Baudelaire : "Jamais un Etat raisonnable ne pourrait subsister avec l'usage du haschisch et s'il existait un gouvernement qui eût intérêt à corrompre ses gouvernés, il n'aurait qu'à encourager son usage".

En Hollande, où j'ai habité durant 10 ans, on a toujours voulu légaliser les drogues: l'opium jusqu'en 1942, la marihuana, la méthadone, et même, l'héroïne aujourd'hui... croyant ainsi, contrôler la situation en jouant au plus malin avec la maffia. Erreur, les médias nous annoncent que la "sage" Hollande compte parmi les pays d'Europe ou la petite criminalité est la plus forte! Je pense que pour les jeunes, il est extrêmement important que l'Etat et le Corps Médical soient de véritables références morales et non des "dealers" de drogues légales!

 

 

Il serait incorrect de ne pas mentionner ici l'effet catastrophique que le haschisch a eu sur la société médiévale musulmane: ...

Une controverse, semblable à celle qui fait rage dans nos pays depuis près de 50 ans, déchirait le monde islamique médiéval. Pendant plusieurs siècles, les partisans de l'herbe "qui apporte la joie et le repos" bataillaient les détracteurs de l'herbe "qui altère le corps et l'esprit et détruit la société"... Au début du 15e siècle, la drogue fut tolérée par la société qui en fit un usage abusif. Tous eurent accès à la drogue et, comme le rapporte l'historien de l'époque, Al Magrizi, il en résulta un déclin général de l'ordre social. Au 16e siècle, tous les érudits et les chefs religieux condamnèrent l'herbe à cause des méfaits qu'elle avait causés à leur société... mais il était trop tard! Le conflit entre ce que l'on jugeait être juste et favorable au bien social, d'une part, et ce que la nature primitive de l'homme désirait obtenir dans sa recherche du plaisir et du divertissement continua jusqu'à nos jours.

 

 

 

Jacques Berhaut-Streel
19/07/04