méthode du Patriarche
 
 

Comment peut-on dénigrer et essayer de détruire l'action extraordinaire de quelques anciens toxicomanes qui ont donné une partie de leur vie pour sauver celle des autres. Ces censeurs ne savent même pas comment l'Association le Patriarche fonctionnait.

 

La drogue est un fléau qui tue beaucoup de jeunes, rapporte énormément d'argent au crime organisé, et est à la base de la petite délinquance, de l'insécurité dans les cités et du malheur de bien des familles. De plus, il faut savoir que plus de la moitié des grands drogués ont le SIDA.

Parlons des choses sérieuses et faisons momentanément abstraction du cas Lucien Engelmajer, de ses frasques, de ses manipulations financières et de ses éventuels abus sexuels. Il n'est malheureusement pas le seul personnage public dans ce cas!

L'Association le Patriarche pensée et gérée par d'anciens toxicomanes réhabilités était une entreprise qui n'avait rien de sectaire et qui fonctionnait suivant des principes connus de tous. Tout comme c'est le cas pour les "AA", la thérapie de l'Association est pratiquée par les anciens toxicomanes. Etant donné la déstructuration sociale et mentale des drogués, qui sont de plus en plus jeunes, il est apparu nécessaire de pratiquer cette thérapie dans des lieux de vie plus ou moins isolés, et, de préférence loin des endroits ou le jeune s'était drogué. Il fallait tout faire pour éviter la tentation et la rechute.

Le séjour au Patriarche débutait par la fouille et le sevrage. Chaque drogué, qui faisait son admission à l'Association, était minutieusement fouillé. Il avait évidemment pris soin de cacher dans ses chaussures, dans ses vêtements ou ailleurs une petite réserve de drogue pour le cas où... Le pauvre!.. Il se trouvait subitement en présence, plus de policiers ou de médecins naïfs mais bien d'anciens collègues enfin " clean " qu'il n'avait aucune chance de magouiller. Ensuite débutait la véritable prise en charge physique et morale du drogué par l'équipe de sevrage qui allait se consacrer avec amour et compétence à l'accompagnement 24 heures sur 24 du toxicomane sans utiliser le moindre médicament de substitution (sevrage bloc). Durant une période de 10 à 20 jours (suivant qu'il s'agisse d'Héroïne ou de Méthadone), le drogué réapprenait à vivre physiquement sans drogues ni médicaments et de cette manière récupérait très vite toutes ses facultés. Suivant les dires de la plupart des ex-toxicomanes, il serait plus difficile d'arrêter de fumer du tabac que de "décrocher" des drogues classiques, à condition d'y être aidé efficacement et gentiment par quelqu'un qui vient de passer par là et qui a réussi... Au contact du groupe, le nouveau qui avait été un propagateur de drogue, devenait très vite un prosélyte convaincu contre la drogue. Pour éviter les risques de rechute immédiate, l'Association plaçait les papiers d'identité en sécurité, dans un coffre fort, et demandait aux familles de ne pas prendre directement contact avec leur enfant avant au moins un mois de présence. Pour cette même raison, c'est à ce moment que, dans la mesure du possible, la proposition était faite de s'en aller vers un centre situé dans un autre pays.

Dans les centres du Patriarche, la vie n'était pas facile. La base de la méthode consistait à remplacer le plaisir malhonnêtement obtenu en se droguant, par la récompense méritée de celui qui s'est surpassé et a bien travaillé. Il fallait essayer de tout faire pour que les règles de la société, qui avaient été bafouées tant de fois dans l'univers de la drogue, soient enfin restaurées; c'est le groupe qui représentait ce nouvel embryon de société acceptée. Durant la cure au Patriarche, il fallait souvent tout (ré) apprendre: se laver, travailler, se nourrir, penser aux autres, connaître la valeur de l'argent, faire la fête...

Les activités dans les centres étaient très variées puisque l'Association vivait pratiquement en autarcie et que chacun pouvait se rendre utile de différentes manières; l'entretien et souvent la reconstruction des bâtiments du centre était une des nombreuses activités possibles. A côté d'activités standard comme la cuisine, la garde des enfants, le secrétariat, la récupération de nourriture périmée, en fin de semaine, dans les grandes surfaces, l'élevage de quelques animaux comme moutons, cochons ou poules et la vente des livres de Lucien dans la rue, l'Association développait des activités spécifiques en fonction des souhaits et des aptitudes des gens présents dans le centre: pensons par exemple à la sculpture du bois, la récupération et la réfection de vêtements, l'informatique, le théâtre, la musique, la mécanique auto, etc.

Ceux qui restaient moins de trois mois à l'Association avaient 100% de chance de retomber dans la drogue dans les semaines qui suivaient leur départ. Ceux qui restaient plus de 18 mois avaient 80% de chance de ne plus retomber dans la drogue. Quelques responsables ont même accepté de consacrer plusieurs années de leur vie à la gestion de leur Association. En 1985, j'ai établi et proposé les structures internationales de l'Association, qui ont été approuvées, mais non appliquées par Lucien Engelmajer. A ce moment, le Patriarche comptait plus de cent lieux de vie en Europe et hébergeait près de 6000 personnes. On peut estimer que depuis sa création, le Patriarche a sauvé la vie à près de 100.000 drogués en leur permettant, à un certain moment de leur existence, de comprendre qu'il était réellement possible de vivre sans drogue.
 

 VOYEZ la PROPOSITION faite aux POLITIQUES de l'UE

Jacques Berhaut-Streel
19/07/04