Qui oserait nier l'influence désastreuse des drogues sur le comportement des sociétés? On ne peut s'empêcher de se demander quel est le lien entre la consommation excessive d'alcool dans certains pays de l'Europe de l'Est et leur situation politico-économique chaotique, entre l'usage généralisé de cannabis dans certains pays d'Afrique et d'Asie et leur sous-développement persistant, entre la consommation de coca dans certains pays d'Amérique latine et la misère de leurs habitants, entre la consommation d'opium en Chine, au 19e siècle, durant la guerre de l'opium, menée par l'Angleterre au nom du "libre échange" et la décadence de ce grand pays.
Bien qu'il soit à l'origine de la plupart des accidents, l'usage abusif de l'alcool dans les pays occidentaux les plus développés semble plus ou moins sous contrôle et n'affecterait gravement que 7% de leur population. Le traitement de l'alcoolisme a fait l'objet de nombreuses études. Il n'en est pas de même pour les toxicomanies classiques au cannabis, aux opiacés, à la cocaïne et aux amphétamines...
Comment agissent ces drogues sur notre cerveau?
Je pense que la toxicomanie n'est pas essentiellement, comme le disent certains, la résultante psychologique de facteurs tels que le rejet de la famille ou de la société, l'abandon des principes qui les régissent et le malaise qui s'en suit. Cette façon de voir les choses n'est pas sans danger car elle culpabilise les principales victimes des drogués (famille et société) et fait la part trop belle aux drogues sans lesquelles, cependant, un être humain, même psychologiquement fragile, n'aurait pas de raison de devenir toxicomane. Dans bien des cas, on commence à se droguer pour " faire comme les autres " et se procurer égoïstement du plaisir. La toxicomanie est donc surtout, plus logiquement, l'expression d'un certain nombre de phénomènes chimiques, de processus physiques et même parfois, d'altérations anatomiques au niveau du cerveau. Le cerveau humain est constitué de deux parties distinctes:
a/ Le cerveau primitif ou paléo-cortex qui gère notamment la vie affective, les pulsions instinctives et l'activité hormonale; il contient une zone appelée centre du plaisir ou zone de récompense.
b/ Le néo-cortex est notamment le siège de la pensée, des facultés intellectuelles, de la conscience, de la volonté et de la raison.
Le néo-cortex domine normalement le paléo-cortex et le comportement de l'homme est la résultante de l'interaction entre ces deux parties du cerveau. En cas de toxicomanie, la zone de récompense, dans le paléo-cortex, est actionnée directement comme chez les animaux, échappant ainsi au contrôle du néo-cortex. La stimulation de la zone de récompense confère la "paix intérieure" et la béatitude. Cette zone du cerveau primitif est stimulée par des substances naturelles telles que l'adrénaline et la dopamine, et provoque notamment la production des endorphines.
On trouve dans les drogues classiques deux types de produits:
- Ceux qui agissent comme la dopamine (cocaïne et amphétamines) stimulent indirectement la zone de récompense.
- Ceux qui produisent des molécules du type endorphine (opiacés et cannabis) provoquent de manière passive la récompense, la "paix intérieure", la béatitude.
Le déclenchement, par la drogue, des mécanismes des zones du cerveau qui contrôlent le bien-être entraîne évidemment des altérations biochimiques pouvant devenir irréversibles. Normalement, la stimulation de la zone de récompense est associée à l'effort créateur, à la découverte et à toutes les activités qui ennoblissent l'homme et nécessitent un apprentissage. On voit donc le danger de la drogue qui permet à l'homme d'obtenir une satisfaction intérieure sans avoir à exercer l'effort associé à sa conquête.
Comment certains peuvent-ils prétendre que des produits qui induisent de tels dysfonctionnements fondamentaux peuvent être sans danger? Les adultes qui fument des "pétards" ne me dérangent pas, à condition qu'ils n'entraînent pas, par prosélytisme et au nom de la liberté, des enfants et des adolescents dans leur vice,.. comme le font les pédophiles par exemple.